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"La Géographie n'est autre chose que l'Histoire dans l'espace, de même que l'Histoire est la Géographie dans le temps." Elisée Reclus, L'Homme et la Terre, 1905.

L'objectif de ce site est de faire connaître l'épistémologie et les didactiques de la Géohistoire. Il veut être un lieu centralisant les différentes actualités géohistoriques aussi bien dans l'Enseignement que dans la Recherche.
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vendredi 22 octobre 2021

[Le Mot du Mois] PIRENNE (principe de)

 GLOSSAIRE

Comme toute science sociale, la géohistoire possède son raisonnement propre, qui n'est pas la simple juxtaposition des raisonnements historique et géographique. La spécificité de cette démarche tient dans la combinaison à parts égales de ces deux types de raisonnement. Un bon exemple en est donné par les principes de Christian Grataloup

Un principe géohistorique est un type de modèle spatio-temporel. Il se définit comme "une logique de situation géographique couplée à un processus historique type, l'un expliquant l'autre, sans ordre de préséance heuristique" (Introduction à la géohistoire, page 177). On est donc en même temps dans l'analyse spatiale et dans l'analyse historique. Un principe géohistorique est donc à la fois un chorotype géographique et un chronotype historique. Par son degré de généralisation, il ne prétend pas décrire concrètement la réalité mais en donner une modélisation à des fins d'analyse et de compréhension. 

Un des principes géohistoriques théorisés par Christian Grataloup est celui de Pirenne. 

1- Le principe de Pirenne d'un point de vue heuristique. 

    Bien que l’analyse d'Henri Pirenne (1862-1935) soit aujourd’hui remise en cause, Christian Grataloup baptise son principe du nom de cet historien belge. En effet, dans un article publié en 1922 et un ouvrage posthume daté de 1937 aux titres similaires « Mahomet et Charlemagne », Henri Pirenne décrit le rapport entre l’espace terrestre et l’espace maritime dans la production des continuités et des discontinuités entre les sociétés. La mer Méditerranée sert d’archétype a ce processus géohistorique.

Henri Pirenne
(1862-1935)

       Le principe de Pirenne décrit par Christian Grataloup se résume en deux grandes étapes :

    Dans un premier temps (fig.1 et fig.2), tant que les infrastructures de transport terrestres sont insuffisantes, la mer favorise davantage les liaisons inter et intrasociales. C’est le cas pendant l’empire romain, surtout à son apogée au IInd et son héritier l’empire romain d’Orient (Ve-VIe siècle).

    Puis à mesure que les infrastructures terrestres prennent de l’épaisseur, le rapport s’inverse : le tissage social devient davantage terrestre que maritime. Alors que jusque-là, les sociétés s’organisaient dans des rivages « face à face », elles sont désormais « dos à dos ». L’espace maritime devient dès lors une discontinuité sociale (fig.3). Aux VIIIe-IXe siècle, l’installation du monde arabo-musulman sur les rives Sud de la Méditerranée remet en cause le facteur unificateur de cette dernière, surtout du point de vue civilisationnel. Des échanges et des contacts perdurent néanmoins. 

    Ce basculement d’un espace essentiellement maritime à un espace davantage terrestre a son pendant chronologique dans le passage de l’Antiquité (méditerranéenne) au Moyen-Age (continental). Ainsi, l’Antiquité tardive ou le Haut Moyen-Age (tout dépend d’où l’on parle) est donc autant une période de transition temporelle que spatiale.


2- Le principe de Pirenne d'un point de vue didactique.

    D’un point de vue scolaire, ce principe autorise l'organisation d'une progression entre le programme de 6e et celui de 5e. En effet, dans ces deux classes, la mer Méditerranée sert de fil conducteur et de liaison, les élèves travaillant sur les thèmes suivants :

En 6e (cycle III) :
  • « Récits fondateurs, croyances et citoyenneté dans la Méditerranée antique au Ier millénaire avant Jésus-Christ » (thème 2).
  • « L’empire romain dans le monde antique » (thème 3).
En 5e (cycle III)  :
  • « Chrétientés et Islam (VIe-XIIIe siècle), des mondes en contact » (thème 1).
  • « Le monde au temps de Charles Quint et Soliman le Magnifique » (chapitre 1 du thème 3).

    Plus encore au lycée, ce principe de Pirenne sert de fil rouge au sein du thème 1 de la classe de Seconde intitulé « Le monde méditerranéen : empreintes de l’Antiquité et du Moyen Age ». Ce dernier thème est divisé en deux chapitres : 

En Seconde : 
  • La Méditerranée antique : les empreintes grecques et romaines (chapitre 1).  
  • La Méditerranée médiévale : espace d’échanges et de conflits à la croisée de trois civilisations (chapitre 2).


    Ainsi, grâce au principe de Pirenne, l'espace méditerranéen apparaît comme un « personnage historique » (Christian Grataloup) à part entière, un acteur géographique de l'histoire (scolaire).  

Sources :

GRATALOUP Christian (1997) , «L'espace, personnage historique», in Bulletin de Liaison des Professeurs d'Histoire-Géographie de l'Académie de Reims. n°13 [en ligne].

GRATALOUP Christian (1996), Lieux d'Histoire. Essai de géohistoire systématique., Montpellier, GIP-RECLUS, Collection Espaces mode d'emploi, 200 pages.

GRATALOUP Christian (2015), Introduction à la géohistoire., Armand Colin, 221 pages.


Définition ajoutée à notre GLOSSAIRE. N'hésitez pas à le consulter pour vous familiariser avec le langage du géohistorien.


lundi 20 septembre 2021

Le Mot du Mois : CONSTANTINOPLE (principe de)

 GLOSSAIRE

Comme toute science sociale, la géohistoire possède son raisonnement propre, qui n'est pas la simple juxtaposition des raisonnements historique et géographique. La spécificité de cette démarche tient dans la combinaison à parts égales de ces deux types de raisonnement. Un bon exemple en est donné par les principes de Christian Grataloup

Un principe géohistorique est un type de modèle spatio-temporel. Il se définit comme "une logique de situation géographique couplée à un processus historique type, l'un expliquant l'autre, sans ordre de préséance heuristique" (Introduction à la géohistoire, page 177). On est donc en même temps dans l'analyse spatiale et dans l'analyse historique. Un principe géohistorique est donc à la fois un chorotype géographique et un chronotype historique. Par son degré de généralisation, il ne prétend pas décrire concrètement et totalement la réalité mais en donner une modélisation à des fins d'analyse et de compréhension. 

Un des principes géohistoriques théorisés par Christian Grataloup est celui de Constantinople

Source: D'après Christian Grataloup, Lieux d'Histoire, 1996, page 31.

Dans le cadre d'un positionnement théorique, le Centre géographique est au centre géométrique de l'espace (voir figure 1 ci-dessus). Cette centralité est ici pensée non seulement en distance (kilo)métrique mais aussi en termes de distance-temps en fonction des modes de déplacement de l'époque considérée : chevauchées, navigation... 

Puis, à la suite d'une pression (guerre, invasions...) sur une frontière extérieure (fig.2), le lieu-capital des décisions politiques se déplace vers cette région afin de réagir au plus vite face à la menace. On passe donc d'une logique de positionnement théorique à celle d'un positionnement relatif et contextualisé (fig.3).

Ceci à pour conséquence un étirement des distances à l'intérieur de l'espace : les parties les plus éloignées du Centre politique sont désormais plus sujettes à des tendances centrifuges (processus d'autonomisation), voire plus vulnérables aux menaces extérieures (fig.4 et 5). 

Sur un temps plus ou moins long, l'héritage géohistorique du principe de Constantinople est la création de deux entités géographiques à partir d'un seul et unique espace de départ : un espace cohérent autour de la nouvelle capitale décentrée d'une part,  un espace morcelé et fractionné d'autre part (fig.6).

Sources :

GRATALOUP Christian (1996), Lieux d'Histoire. Essai de géohistoire systématique., Montpellier, GIP-RECLUS, Collection Espaces mode d'emploi, 200 pages.

GRATALOUP Christian (2015), Introduction à la géohistoire., Armand Colin, 221 pages.


Pour aller plus loin :

Géraldine Djament-Tran, « Les scénarios de localisation des capitales, révélateurs des conceptions de l’unité nationale », Confins [En ligne], 9 | 2010, mis en ligne le 23 juillet 2010, consulté le 20 septembre 2021. A consulter en cliquant ici.


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dimanche 2 mai 2021

Le Mot du Mois : HAKATA (principe d')

 GLOSSAIRE

Comme toute science sociale, la géohistoire possède son raisonnement propre, qui n'est pas la simple juxtaposition des raisonnements historique et géographique. La spécificité de cette démarche tient dans la combinaison à parts égales de ces deux types de raisonnement. Un bon exemple en est donné par les principes de Christian Grataloup

Un principe géohistorique est un type de modèle spatio-temporel. Il se définit comme "une logique de situation géographique couplée à un processus historique type, l'un expliquant l'autre, sans ordre de préséance heuristique" (Introduction à la géohistoire, page 177). On est donc en même temps dans l'analyse spatiale et dans l'analyse historique. Un principe géohistorique est donc à la fois un chorotype géographique et un chronotype historique. Par son degré de généralisation, il ne prétend pas décrire concrètement la réalité mais en donner une modélisation à des fins d'analyse et de compréhension. 

Un des huit principes géohistoriques théorisés par Christian Grataloup est celui d'Hakata. Pour mettre en forme ce principe, il s'appuie sur le cas concret de la bataille d'Hakata (1281, Japon) qui vit l'échec de l'invasion mongole de l'archipel nippon. 

Ce principe définit une logique de positionnement périphérique au sein d'un système spatial donné. La situation d'angle protégé (île, péninsule, archipel) du lieu étudié a comme conséquence une arrivée plus tardive des innovations provenant de l'extérieur, retard causé par une discontinuité géographique (mer par exemple). Le processus d'accumulation y est plus lent mais aussi plus durable car peu soumis aux invasions. La position de marge entraîne donc à la fois un retard (technologique, économique...) mais aussi une mise à l'abri.  

Sur un temps plus ou moins long, une situation périphérique voire marginale de type Hakata peut devenir un lieu central (renversement du centre et de la périphérie). 

Ainsi, un lieu défini par le principe d'Hakata connaît différentes phases, que l'on peut récapituler comme suit : 

  1. Arrivée tardive des diffusions issues du centre du système spatial entraînant un démarrage lent des processus cumulatifs.
  2. Simultanément, risque plus faible d'être menacé par les invasions et destructions qui touchent le coeur du système (principe de Bagdad); l'accumulation n'est pas remise en cause. 
  3. A terme, un lieu marginal favorisé peut devenir un lieu central. 

Le principe contraire de celui d'Hakata est celui de Bagdad. Ces deux principes s'appuient sur des logiques de diffusion

Sources :

GRATALOUP Christian (1997) , «L'espace, personnage historique», in Bulletin de Liaison des Professeurs d'Histoire-Géographie de l'Académie de Reims. n°13 [en ligne].

GRATALOUP Christian (1996), Lieux d'Histoire. Essai de géohistoire systématique., Montpellier, GIP-RECLUS, Collection Espaces mode d'emploi, 200 pages.

GRATALOUP Christian (2015), Introduction à la géohistoire., Armand Colin, 221 pages.


Définition ajoutée à notre GLOSSAIRE. N'hésitez pas à le consulter pour vous familiariser avec le langage du géohistorien.