Présentation


"La Géographie n'est autre chose que l'Histoire dans l'espace, de même que l'Histoire est la Géographie dans le temps." Elisée Reclus, L'Homme et la Terre, 1905.

L'objectif de ce site est de faire connaître la Géohistoire et ses didactiques. Il veut être un lieu centralisant les différentes actualités géohistoriques aussi bien dans l'Enseignement que dans la Recherche.

lundi 28 janvier 2019

CR de lecture : Vision(s) du Monde. Histoire critique des représentations de l’Humanité

GRATALOUP Christian, Vision(s) du Monde. Histoire critique des représentations de l’Humanité, Armand Colin, Le Temps des idées, 2018, 240 p., 22,90 € en version papier. 14,99 € en version ebook. 

Compte-Rendu de lecture pour la Cliothèque à retrouver ici



Il n’est plus utile, notamment sur le site des Clionautes, de présenter Christian Grataloup. De nombreux comptes-rendus ont été publiés sur ses ouvrages. Ce géohistorien, professeur émérite à Paris VII-Diderot vient de publier Vision(s) du Monde. Histoire critique des représentations de l’Humanité chez Armand Colin dans la collection Le Temps des Idées. Ce dernier ouvrage doit être lu en miroir de celui paru l’année dernière Le monde dans nos tasses. Trois siècles de petit déjeuner, toujours chez le même éditeur.

Dès l’avant-propos, le mot-clé du livre est donné : Métagéographie. Dans son glossaire, Christian Grataloup définit ce terme comme « un découpage du niveau mondial en grands ensembles permettant de le lire » (page 224) et en donne des exemples : les continents, les océans, les régions supranationales, les aires de civilisations, les découpages binaires (Nord/Sud, Est/Ouest, Orient/Occident). Ce livre analyse les relations entre toutes ces représentations. Le terme « métagéographie » est apparu en 1997 sous les plumes de Martin W. Lewis et Kären E. Wigen (The Myth of Continents : A critique of Metageography, University Of California Press).

1-Les métagéographies ont une géohistoire.


Ces visions du monde ont une histoire et une géographie et l’intérêt du livre est justement de rappeler leur genèse spatio-temporelle. Les chapitres 2 à 4 interrogent l’histoire du principal découpage métagéographique à savoir le couple Nord / Sud. Cette opposition apparaît en 1980 à la suite du rapport de la Commission indépendante sur les problèmes de développement international mise en place en 1977 par Robert McNamara et présidée par Willy Brandt (d’où le nom de « Commission Brandt »). Le titre du rapport est Nord-Sud : un programme de survie. Progressivement, cette division du monde tend à remplacer une autre plus ancienne, née après la Seconde guerre mondiale, à savoir celle de Pays développé / Pays en développement. Comme le souligne l’auteur, on passe d’une vision diachronique, évolutionniste en terme de stade de développement à une vision statique, synchronique en terme de situation. On peut relever que l’apparition d’une nouvelle lecture en pays émergents/ pays émergés vient rebattre les cartes et réintroduit une dynamique temporelle évolutionniste en stade (pays non émergés – pays émergents – pays émergés) dans les représentations cartographiques du monde.

2-Les représentations cartographiques des métagéographies.


Les métagéographies structurent, organisent nos planisphères de manière non conscientisée pour la plupart d’entre nous. L’image la plus courante de ces métagéographies est celle des continents et des océans, image donnée à voir dès le plus jeune âge à nos écoliers. Les noms de ces espaces n’ont rien de naturel mais au contraire sont bien des constructions sociales dont l’auteur retrace la genèse.

Par exemple, le couple Nord/Sud a été représenté dès les années 1960 par un planisphère divisé en deux par une ligne délimitant de façon quantitative le monde, les pays riches au « Nord », les pays pauvres au « Sud ». Malgré les évolutions économiques récentes, cette pensée « par ligne » est encore bien présente dans notre façon de penser le monde et de l’enseigner.

3- Les métagéographies ou la fabrique de vulgates scolaires.


Les métagéographies deviennent des objet d’enseignement, à travers l’écriture des programmes puis celle des manuels scolaires, comme le prouve l’exemple du terme de « Triade » créé par Kenichi Ohmae en 1985. Les caricatures représentant le Monde dans une opposition « Nord/Sud » se retrouvent dans de nombreux ouvrages à destination de l’enseignement.

A la lecture de cet ouvrage, une question insidieuse et lancinante m’est apparue : Comment les programmes scolaires, par leur écriture, me contraignent à enseigner et à renforcer ces visions du monde chez les élèves ? Par exemple, le chapitre de géographie « Répartition de la richesse et de la pauvreté dans le monde » (Thème 1, niveau 5e, cycle IV) indique que même si la « la limite spatiale «Nord-Sud » utilisée depuis les années 1980 pour définir la fracture entre pays riches et pays pauvres est profondément remise en question. », il n’en reste pas moins qu’il faut analyser à « l’échelle du monde, […] de profondes inégalités, opposant des Nords à des Suds ».

Ce que souligne l’auteur, c’est que sans mise en perspective historique, en enseignant des « sociétés sans [leur] histoire » (Christian Grataloup), on risque de renforcer ces visions du monde, d’essentialiser les espaces de pauvreté. L’ouvrage met en garde contre une naturalisation des découpages géographiques et des inégalités spatiales. Pour lutter, contre cela il est nécessaire, notamment dans l’enseignement, de (re)mettre de la dynamique temporelle dans les faits géographiques.

Faut-il découper le Monde en tranches ?

En s’inspirant du titre de l’ouvrage de Jacques Le Goff (2014), Faut-il vraiment découper l’histoire en tranches?, le livre de Christian Grataloup pourrait très bien avoir ce sous-titre tant la réflexion sur les découpages géographiques en constitue l’ADN scientifique.

A cette question, la réponse est évidemment oui, ne serait-ce que pour se repérer dans l’espace. Il faut « faire avec les héritages » (chapitre 6), sans en être naïf. Mais après plusieurs chapitres passés à critiquer, relativiser et déconstruire les représentations métagéographiques, Christian Grataloup a le courage de proposer une autre métagéographie à l’échelle mondiale pour dire le monde : une mappemonde contemporaine s’inspirant de celles du Moyen-Age divisée en un Occident, un Sud et une Asie, mais cette fois-ci « orientée » au Nord (à découvrir page 204).

vendredi 21 décembre 2018

Pour une géohistoire des jardins collectifs à Marseille

La revue des patrimoines In Situ vient de publier son dernier numéro portant sur le thème "Jardins collectifs : de l’abbé Lemire aux jardins d’insertion. Typologies - Expériences - Enjeux de conservation". 

Dans ce numéro, vous trouverez l'article de Jean-Noël Consalès, maître de conférences en urbanisme, aménagement du territoire et géographie à l’Université d’Aix-Marseille intitulé:

"Des jardins ouvriers au jardinage de rue : 
pour une géohistoire des jardins collectifs à Marseille"

 Pour une géohistoire des jardins collectifs à Marseille_2018


Par géohistoire, l'auteur entend "l’étude de la répartition d’un phénomène spatial (en l’occurrence, les jardins collectifs) sur le temps long." (cf note 3 de bas d'article).  

Résumé de l'article :
Fondé sur l’analyse d’archives historiques et sur un suivi de terrain au long cours, cet article propose une lecture géohistorique des jardins collectifs à Marseille. Il identifie les idées qui, de l’échelle nationale à l’échelle locale, génèrent leurs évolutions, les acteurs qui portent leurs dynamiques et les espaces urbains qui leur sont dédiés. Dans une première partie, il étudie le processus territorial qui a conduit les jardins ouvriers sis dans les faubourgs agricoles du début du xxe siècle à devenir les jardins familiaux pris dans les tensions foncières des banlieues résidentielles actuelles. Dans une seconde partie, il décrit le processus de diversification des formes de jardins collectifs qui a entraîné un fort développement des jardins partagés et du jardinage de rue. Il finit par s’interroger sur la portée patrimoniale des 12 sites de jardins familiaux et des 53 sites de jardins partagés de Marseille.

Vous pouvez lire l'intégralité de l'article en cliquant ici

vendredi 14 décembre 2018

Géohistoire environnementale et Histoire globale

Christian Grataloup est intervenu lors du colloque "Géohistoire de l'environnement et des paysages", colloque international organisé, sous la responsabilité scientifique de Philippe Valette et Jean-Michel Carozza, par le laboratoire Géographie de l’Environnement (GEODE) de l'Université Toulouse Jean Jaurès-campus Mirail, 12-14 octobre 2016.


La géohistoire, terme créé par Fernand Braudel (Braudel, 1949), s’intéresse à la construction des espaces et des territoires sur la longue durée. Dans le monde anglo-saxon (Angleterre, Etats Unis, Canada,…), le terme recouvre plutôt celui de géographie historique (historical geography). Néanmoins, les définitions de ces termes fluctuent sensiblement d’un auteur à l’autre et d’un pays à l’autre (Chouquer, Watteaux, 2013). Schématiquement, la géographie historique cherche à appliquer à des époques passées les méthodes de l’analyse géographique tandis que la géohistoire s’intéresse à l’évolution historique de configurations spatiales/territoriales. La géohistoire correspondrait à « l’histoire diachronique des sociétés à travers leur espace » alors que la géographie historique classique « se contente d’étudier synchroniquement des situations du passé, et sans considérer l’espace comme facteur primordial » (Chouquer, Watteaux, 2013). 

Depuis leur émergence, ces termes se sont largement diffusés dans le champ disciplinaire de la géographie et de l’histoire. Si le terme de géohistoire ou géo-histoire est de création récente, la réalité qu’il recouvre est, elle, au moins en partie, beaucoup plus ancienne et coïncide pour partie avec le champ de la géographie historique. En France, les reconfigurations académiques depuis les années 1950 ont conduit à une longue éclipse de la géographie historique (Grataloup, 2015).

Ce colloque sur la Géohistoire de l’environnement et des paysages, organisé par le laboratoire GEODE (UMR 5602 CNRS), entend dresser un bilan des nombreux travaux menés dans une perspective géohistorique. Ce colloque pluridisciplinaire porte également une attention particulière aux emboîtements d’échelles de temps et d’espace qui caractérisent le fonctionnement géohistorique des environnements et des paysages.

Retrouvez l'intervention de Christian Grataloup, ainsi que les autres conférences sur Canal-U, ou en cliquant sur le lien ci-dessous. Un blog a aussi été créé pour ce colloque. 

Journée d'étude à l'ESPE-Paris : Faut-il encore enseigner la géographie à l’École ?

L'ESPE de Paris organise une journée d'étude le Mercredi 9 janvier 2019 sur le thème "Faut-il encore enseigner la géographie à l'Ecole ?" dans le prolongement du volume 82 de l'Information Géographique (2018/3) 

Objectifs
Dans la continuité du dernier numéro de la revue l’Info Géo qui rassemblait plusieurs contributions autour de cette question en forme de paralipse : « Faut-il encore enseigner la géographie à l’école ? », nous proposons une journée d’études pendant laquelle nous réfléchirons aux rôles et place de l’enseignement de la géographie à l‘école. Il s’agira d’assurer un prolongement au renouvellement des regards et approches à propos de l’enseignement et de la didactique de la géographie. Plus précisément, nous proposons de confronter les points de vue, d’enclencher les débats, d’aborder les zones de frottement autour de la question qui organise cette journée.

Cette journée d’études est organisée par l’UMR 5600 EVS Université de Lyon et ENS Lyon, l’ESPE de l’académie de Paris et la HEP de Lausanne.


Programme
  • 9h-9h30  : Accueil des participants autour d’un café
  • 9h30-9h40: Mots d’accueil : Alexandra Baudinault (ESPE de Paris - EVS) et Sylvie Joublot-Ferré (ENS Lyon- HEP Lausanne – labo EVS)
  • 9h40 – 10h : Ouverture de la journée : Hervé Regnauld (Professeur Université Rennes 2 – UMR 6554. Rédacteur en chef de la revue L’Info géo))

Session 1 : Réponses croisées
Réponses croisées à la question autour de communications courtes de 10 minutes suivies de 10 minutes d’échanges entre les participants

  • 10h : Anne Glaudel (Université de Reims-ESPE de Reims)
  • 10h20 : Xavier Leroux (Equipe Discontinuités. Université d’Artois)
  • 10h40 : Muriel Monnard (Université de Genève)
  • 11h : Christophe Meunier (Université d’Orléans-ESPE Centre Val de Loire)
  • 11h20 : Philippe Charpentier (Université de Mayotte)
  • 11h40 : Alain Pache (HEP Lausanne)

12h30-14h : Déjeuner

Session 2 : Table-ronde autour de Michel Lussault animée par Louise Tourret
Participants :
Michel Lussault (Professeur ENS Lyon. Labo EVS UMR 5600. Directeur Ecole urbaine de Lyon) 
Philippe Hertig (Professeur HEP Lausanne, Labo LIREDD)
Séverine Vercelli-Geiger (IA.IPR Académie de Grenoble)
Florence Leroy-Warin (IEN Académie de Paris)
Dominique Chevalier(Maîtresse de conférence Université de Lyon-ESPE de Lyon)

  • 14h : Ouverture 
  • 14h10-15h: Réponses à la question posée
  • 15h-16h30: Échanges et débats
  • 16h30-17h: Clôture de la journée par un grand témoin, Isabelle Lefort (Professeure Université de Lyon. Rédactrice en chef de la revue L’Info géo)
Plus d'informations sur le site de l'ESPE Paris en cliquant ici

dimanche 9 décembre 2018

Qu'est-ce que la Géohistoire ?

Christian Grataloup nous livre dans ce court extrait sa définition de la Géohistoire.

"simultanément des questions proprement géographiques, c'est à dire localiser les choses les unes par rapport aux autres, pas dans l'absolu sur une carte, mais voir la proximité ou l'éloignement d'une société par rapport à une autre ou d'un fait de société par rapport à un autre d'une part, et d'autre part les moments, les durées ou les événements (des choses brutales ou au contraire lentes) de les penser les unes par rapport aux autres, ce que penserait un historien d'une part, ce que penserait un géographe d'autre part; donc de les articuler constamment en se disant que si il se passe quelque chose (un événement historique), il se passe quelque part et donc il est en position relative par rapport à d'autres phénomènes de sociétés; et réciproquement si il y a quelque chose quelque part (un fait géographique), il se situe à un moment donné dans des processus, des dynamiques des sociétés. Ce sont les deux éléments qui permettent... à partir du moment où on tient les deux bouts, c'est de la Géohistoire."

Source : Interview de Christian Grataloup  (de 0'30 à 1'34), posté le 27 novembre 2017, par l'Association Régionale des Géographes de la Réunion

Vous pouvez visionner l'intégralité de la vidéo en cliquant sur l'image ci-dessous. 

mardi 4 décembre 2018

Géographie mondiale de la Révolution française (Revue de géographie historique, n°13, novembre 2018)

Le dernier numéro de la Revue de géographie historique est en ligne. Il a pour titre

La géographie d'un événement aux répercussions mondiales -
la Révolution française

 Revue de Géographie Historique_novembre 2018

Retrouvez ci-dessous le résumé ainsi que le plan du numéro. Vous pouvez accéder aux différents articles en cliquant ici.

Résumé :
Souvent comparée à un séisme, la Révolution française a profondément modifié les structures politiques et sociales de la France et de ses pays voisins. Mais ses répercussions étaient bien plus lointaines: ce fut un événement ayant des effets à l'échelle mondiale. Les circulations d'hommes et d'idées qu'elle a provoquées ou amplifiées ne peuvent guère laisser le géographe indifférent. Ce numéro se propose d'étudier la géographie de la période révolutionnaire, qui, même si elle s'inscrit dans un cycle de révolutions commençant dans les années 1770, a tout de même joué un rôle exceptionnel. Loin de s'arrêter en 1799 ou en 1802, les bouleversements qu'elle a causés eurent des retombées dans le Nouveau Monde et rejaillirent sur la conception de la science géographique elle-même.

Plan du numéro:
Article 1 : Editorial : La géographie d'un événement aux répercussions mondiales - la Révolution française (par Nicola Todorov). 

Article 2 : L'espace des réguliers de Nancy pendant la Révolution, de la frontière sacrée à la laïcisation urbaine (par Cédric Andriot)

Article 3 : A gaze on the linguistic geography of the Napoleonic Italy through the letters of Jacques Boucher de Perthes (par Elisa Baccini)

Article 4 : La mobilité des hommes et des idées: la Louisiane espagnole face aux mouvements révolutionnaires entre 1790 et 1803 (par Soizic Croguennec)

Article 5 : Définir l’identité géographique de l’Australie pendant la période révolutionnaire : L’approche océanique et indo-pacifique de Charles-Pierre Claret de Fleurieu et François Péron (par Dany Bréelle)

Article 6: Enseigner la géographie à l'école primaire et la genèse des identités territoriales en Europe au tournant du XVIIIe au XIXe siècle (par Nicola Todorov)

jeudi 29 novembre 2018

Entrer dans l'histoire de France par la géographie urbaine...ou inversement.

" Peut-on lire l'histoire de France au travers de ses bâtiments ? " Telle est la question que se sont posées Jules Grandin, Chloë Voisin-Bormuth et Jean-Marc Vittori sur le site Les Echos en partenariat avec La Fabrique de la Cité

Par sept exemples (Arles durant l'Antiquité, Troyes au Moyen Age, Versailles à l'époque du Roi-Soleil, Anzin durant la Révolution industrielle du XIXe siècle, le Paris d'Haussmann, la ville nouvelle de Cergy dans les années 1960 et Lille de nos jours), les trois auteurs nous donnent une lecture historique et géographique du fait urbain en France.  


Sylvain Genevois, du blog Cartographie(s) numérique(s), a repris ces exemples dans Géoportail en leur donnant des prolongements pédagogiques.

En effet, ceux-ci peuvent être réutilisés en classe, selon les programmes d'histoire et de géographie du secondaire (voir le tableau ci-dessous).