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"La Géographie n'est autre chose que l'Histoire dans l'espace, de même que l'Histoire est la Géographie dans le temps." Elisée Reclus, L'Homme et la Terre, 1905.

L'objectif de ce site est de faire connaître l'épistémologie et les didactiques de la Géohistoire. Il veut être un lieu centralisant les différentes actualités géohistoriques aussi bien dans l'Enseignement que dans la Recherche.

mardi 1 février 2022

Les climats au(x) programme(s)

    Avant-propos : vous pouvez télécharger la version pdf de cet article en cliquant ici.

Du 1er au 11 octobre 2021 s’est déroulée la septième édition de la « Semaine du Climat »[1] au sein des établissements scolaires : cette semaine se fixe pour objectif d’ « aborder le changement climatique à travers ses enjeux scientifiques et civiques ». Durant ce même trimestre, les éditions CNRS ont publié leur numéro 8142 intitulé Les climats. Une géohistoire.  Ce dossier a été rédigé par Philippe Valette, maître de conférences à l’Université de Toulouse Jean Jaurès et membre de l’UMR Geode du CNRS[2]. En 2019, il avait dirigé en collaboration avec Jean-Michel Carozza l’ouvrage Géohistoire de l’environnement et des paysages, toujours chez CNRS éditions.

Dans ce nouvel ouvrage, Philippe Valette utilise le pluriel « Les climats » pour pointer la variété des situations climatiques tant dans l’espace que dans le temps. Il reprend la définition de l’Organisation météorologique mondiale qui caractérise le climat comme « les conditions météorologiques moyennes dans un endroit donné et observées à long terme » (Philippe Valette, p.4), ce dernier étant défini comme une période de trente ans. En cela, le climat se différencie de la météo(rologie), celle-ci correspondant au « temps qu’il fait dans un lieu pour une période courte » (quelques jours) (Philippe Valette, p.3). Il faudrait ajouter à cette définition des climats une différence scalaire entre une échelle zonale (les zones climatiques) et une échelle davantage régionale (climat méditerranéen, climat montagnard…).

Un autre motif d’étonnement réside dans l’opposition entre le pluriel du terme « climats » et le singulier de « géohistoire » : Qu’entend Philippe Valette par « géohistoire des climats » ? La Documentation Photographique étant une ressource de référence pour les enseignants du secondaire, dans quelle mesure les programmes scolaires intègrent-ils cette géohistoire climatique ?

Pour répondre à cette double interrogation, nous analyserons la démarche géohistorique employée pour étudier les climats ; dans un second temps, nous explorerons les programmes du collège et du lycée pour rechercher les traces du climat.

* * *

I- Une géohistoire pour des climats :

A l’heure où les médias parlent régulièrement du climat, Philippe Valette utilise le pluriel dans son titre pour mettre l’accent sur la variabilité des situations climatiques tant dans l’espace que dans le temps. A l’inverse, le terme « géohistoire » est lui au singulier pour montrer l’unicité de la démarche heuristique utilisée. Comment l’auteur définit-il cette géohistoire des climats ?

I-1 – Une démarche singulière : la géohistoire.

« Parler de géohistoire, terme lancé par Fernand Braudel mais rendu opératoire grâce aux travaux de Christian Grataloup, c’est poser d’emblée la nécessité méthodologique du dialogue entre passé et présent. » (Philippe Valette, p. 1). Dès l’avant-propos, Philippe Valette reprend le terme créé par Fernand Braudel en 1949[3] et revivifié par Christian Grataloup dans les années 1990-2000[4]. Une lecture trop rapide pourrait nous faire penser que la démarche de ce géographe est essentiellement temporelle (cf les citations suivantes : « la nécessité méthodologique du dialogue entre passé et présent », Philippe Valette, p.1 ; « C’est aussi […] affirmer que le passé est riche d’enseignements pour l’avenir. », idem). Le géographe ne serait-il finalement qu’un historien du climat comme les autres ? Non, car contrairement à la démarche de son illustre prédécesseur, Emmanuel Le Roy Ladurie[5], « [l’]histoire du climat se situe [désormais] à l’interface entre l’histoire et les sciences de l’environnement » (Philippe Valette, p.8). Le terme d’ « interface » est important car il permet de saisir l’évolution épistémologique de la climatologie. Le découpage « en tranches » disciplinaires n’est plus opératoire pour analyser l’objet climat. « Pour éviter les écueils et les critiques, l’histoire du climat a élargi le regard sur son objet de recherche à la fois sur ses problématiques mais aussi en s’associant à d’autres disciplines. » (Philippe Valette, p.7). « S’intéresser aux dimensions spatiales et temporelles des changements du climat au cours du temps est d’une certaine façon une manière de dépasser l’histoire du climat pour aller vers une géohistoire du climat. » (Philippe Valette, p.8). Ainsi dans la pratique heuristique, la géohistoire du climat se définit comme « [l’étude d]es effets des changements climatiques sur les sociétés dans une dimension spatio-temporelles. » (Philippe Valette, p.8)

En définitive, cette évolution épistémologique opérée depuis les années 1970 (de l’histoire à une géohistoire du climat) est la traduction d’un changement d’approches portés sur l’objet « climat ». La singularité de la démarche géohistorique prend en compte la multiplicité de ces regards.

 

I-2 – Du climat aux climats : un regard désormais pluriel.


    Pour Christian Grataloup, il existe trois « continents » du savoir, des « grands blocs de connaissance »[6] : l’étude de la matière (physique, chimie…), l’étude de la vie (le biologique), l’étude du social (l’histoire, la géographie, l’économie, la sociologie…). Or, depuis la fin des années 1960, le climat n’est plus (ou ne devrait plus être) « l’apanage des géosciences ou des seules sciences de la nature » (P. Valette, p.1) (le biologique et la matière pour reprendre la tripartition précédente). L’étude climatique n’est plus le domaine exclusif des géophysiciens ou des climatologues car le climat a aussi des impacts au niveau social, que cela soit sur les territoires de vie des sociétés ou sur l’adaptation des modes de vie dans le temps.

    C’est en cela que la géohistoire « [permet] de faire dialoguer de manière fructueuse sciences de la Nature et sciences de l’Homme » (P. Valette, p.1). « [L’]articulation » entre le biologique et le social « rend possible la compréhension de l’objet climat […] » (P. Valette, p.1).

Ainsi, pour appréhender toute la complexité de leur objet, les historiens (mais aussi les géographes) du climat ont dû élargir leurs problématiques de recherche : les premiers en s’intéressant par exemple à « la vulnérabilité des sociétés par rapport aux changements climatiques » (Philippe Valette, p.7), les seconds en intégrant une dimension temporelle à leurs travaux. Cela nécessite « [p]our reconstituer [la géo]histoire du climat » de manier « une pluralité d’outils dont chacun est à mettre en lien avec différentes disciplines scientifiques. » (Philippe Valette, p.10).

Ainsi, ce changement de posture heuristique vis-à-vis du climat a eu pour conséquence un changement d’approche méthodologique : cette dernière met désormais l’accent sur la nécessaire interdisciplinarité entre les sciences de l’environnement et les sciences sociales. Un regard désormais pluriel est porté sur le climat. Ce croisement entre disciplines académiques s’immisce-t-il aussi au sein des programmes scolaires contemporains ?

 

II- Le(s) climat(s) dans la classe :

Suite à la grève pour le climat initiée par près d’un million et demi de jeunes en mars 2019, le Conseil supérieur des programmes a proposé un Renforcement des enseignements relatifs au changement climatique, à la biodiversité et au développement durable[7] pour les cycles 3 et 4.  Il est donc intéressant d’analyser la conception de l’objet « climat » comme thématique d’enseignement dans les programmes scolaires français actuels.

II-1 – Eduquer aux climats et au changement climatique.

Comme le rappelle Clément Barniaudy[8], le climat est un objet d’enseignement ancien qui remonte au XIXe siècle. Mais c’est en 1992 que la notion de changement climatique apparaît dans les programmes pour la première fois[9]. La question climatique est désormais présente dans tous les programmes scolaires d’histoire-géographie. Tous les textes officiels, du collège au lycée, intègrent cette thématique. Le chapitre d’histoire de sixième intitulé « La Révolution néolithique » parle du « réchauffement climatique »[10], tandis que celui de cinquième indique que « [d]ans une phase de radoucissement du climat, la surface des terres cultivées augmente […] »[11]. Mais il est vrai que c’est en géographie que la problématique climatique est la plus prégnante, notamment en cinquième et en seconde avec deux thèmes entiers consacrés au « changement climatique » dans le cadre d’études environnementales.

LE CHANGEMENT CLIMATIQUE AU SEIN DES PROGRAMMES SCOLAIRES (2020)

Collège, Géographie, 5e, thème 3 : l’environnement du local au planétaire

Chap.1

Le changement climatique[12] et ses principaux effets géographiques régionaux

Chap.2

Prévenir et s’adapter aux risques (industriels, technologiques et sanitaires ou liés au changement climatique).

Ecueil à éviter

Confondre changement global et changement climatique.

Lycée, Géographie, 2nde , thème 1 : Sociétés et environnements : des équilibres fragiles.

Chap.1

Les sociétés face aux risques

Etudes de cas possible

Le changement climatique et ses effets sur un espace densément peuplé.

Notion et vocabulaire à maîtriser

Changement climatique.

 

Sources : BO n°31 du 30 juillet 2020 pour le collège ; BO n°1 du 22 janvier 2019 pour le lycée.

 

Cette terminologie de « changement climatique » revient d’ailleurs comme un leitmotiv, un fil directeur dans ces deux années scolaires.  Cette importance donnée au climat s’est renforcée en 2020 avec les adaptations des programmes du cycle 4 : cette nouvelle « version du texte met en évidence les modifications apportées au programme en application jusqu’à l’année scolaire 2019-2020 afin de renforcer les enseignements relatifs au changement climatique, à la biodiversité et au développement durable. »[13]. La nouveauté de cette mise à jour est l’intégration des « Objectifs de Développement Durable de l’ONU » (ODD), dont l’objectif 13 concerne la lutte contre les réchauffements climatiques.[14] C’est en cinquième que la mise à jour à partir de ces ODD a été la plus poussée.


LE CLIMAT DANS LES PROGRAMMES DE CINQUIEME (2015-2020) :

UNE PLACE RENFORCEE

Cinquième

Du programme 2015…

…au programme 2020

Thème 3

Prévenir les risques, s'adapter au changement global

L’environnement, du local au planétaire.

Chapitre 1

Le changement global et ses principaux effets géographiques régionaux

Le changement climatique[15] et ses principaux effets géographiques régionaux

Chapitre 2

Prévenir les risques industriels et technologiques.

Prévenir et s’adapter aux risques (industriels, technologiques et sanitaires ou liés au changement climatique)

Source 

BO spécial n°11 du 26 novembre 2015

BO n°31 du 30 juillet 2020

 

La Documentation Photographique de Philipe Valette illustre en partie le chapitre 1 « Le changement climatique et ses principaux effets géographiques régionaux », grâce à l’étude de cas sur « [l]a Mer de Glace à Chamonix » (Philippe Valette, pp.42-43) : Un graphique retrace la fluctuation de cette Mer depuis le XVIe siècle. Un autre exemple possible est celui du glacier d’Aletsch (Alpes suisses). Là aussi un document représente les périodes d’accroissement et de retrait de ce glacier de 1250 avant notre ère à l’an 2000 de notre ère selon les différentes périodes climatiques. Une illustration représente ces fluctuations de façon imagée et pédagogique pour des élèves de cinquième.

Source : Philippe Valette, p.53.


Source : Philippe Valette, p.53.









                                                                                                               

II-2 – Le climat entre environnement et changement global.

Présent dans tous les niveaux du secondaire, le climat est intégré dans deux problématiques : l’environnement et le changement global. En cinquième, la fiche Eduscol du thème 3 de géographie définit le changement global comme un terme recouvrant « en les articulant, d’une part l’ensemble des mutations socio-économiques globales (croissance démographiques, mobilités accrues, urbanisation, modification des usages des sols, des ressources…) et d’autres part l’ensemble des bouleversements environnementaux planétaires dont le changement climatique n’est qu’une composante. »[16]. Il est d’ailleurs rappelé dans les écueils à éviter que les élèves ne doivent pas « [c]onfondre changement global et changement climatique. »[17].

En seconde, la géographie y est définie comme la mise en évidence « des interactions entre les sociétés et leurs environnements » grâce à une approche systémique entre les acteurs, leurs territoires et leurs environnements[18]. Le terme « interactions » revient avec régularité dans les programmes de seconde. Ici aussi, le changement climatique n’est qu’une des formes des changements contemporains « au point que l’on peut parler de changement global »[19]. Il est explicitement mentionné que « le changement climatique, par exemple, n’explique pas à lui seul l’augmentation des catastrophes (une fois que l’aléa s’est réalisé) et pose la question de l’inégale résilience des sociétés. »[20]. C’est pourquoi dans les pièges à éviter dans la mise en œuvre, ce serait une erreur de « [n]e pas considérer les interactions entre les sociétés et leur environnement. » et d’étudier « le changement climatique ou la transition environnementale en tant que tels. »[21].

Les climats (passé, présent ou futur) sont donc un objet d’enseignement incontournable des programmes scolaires, que ce soit d’un point de vue environnemental ou au sein du changement global. Mais qu’en est-il d’une approche géohistorique ?


II-3 – Une géohistoire du climat est-elle possible en classe ?

Définir la géographie comme l’étude des interrelations entre sociétés et environnements la distingue « clairement des sciences de l’environnement »[22]. Le découpage en disciplines scolaires définit le pré carré de chacune d’elles : à la géographie l’étude de l’impact des phénomènes climatiques sur les territoires des sociétés ; à la Science de la Vie et de la Terre (SVT) l’explication physique des phénomènes climatiques. Cette distinction de principe n’empêche(rait) nullement de « construire d’éventuelles complémentarités dans la mise en œuvre en classe » par un « croisement disciplinaire »[23].  En l’absence d’une démarche volontaire des deux professeurs de travailler ensemble en interdisciplinarité, il est difficilement envisageable que les élèves fassent un va et vient conscient entre les deux disciplines, le découpage scolaire entraînant un découpage cognitif chez eux[24]. Cette interface entre science sociale (la géographie) et science environnementale (la SVT) est néanmoins envisageable dans le cadre d’un Enseignement Pratique Interdisciplinaire (EPI) intitulé « Les risques et le changement climatique global ».[25]

Il est vrai que le croisement disciplinaire est d’autant plus facilité que si une seule et même personne assume les différentes casquettes. L’introduction aux programmes du cycle 4 rappelle que l’« enseignement de l’histoire et de la géographie doit être envisagé dans la complémentarité entre les deux disciplines : les équipes de professeurs mettent en œuvre les questions programmées dans l’une et dans l’autre de manière équilibrée, à parts égales, en n’hésitant pas à souligner les apports de l’histoire à la géographie et réciproquement. »[26] Ceci reste cependant encore largement un vœu pieux[27].


    Cette complémentarité entre les deux disciplines scolaires dans une pratique didactique commune est néanmoins réalisable en sixième dans le chapitre d’histoire « La Révolution néolithique » : « Les débuts de l’humanité […] ont connu de fortes oscillations climatiques, qui ont profondément transformé l’environnement et amené les groupes humains à adapter leurs modes de vie. » « L’étude du néolithique interroge l’intervention des femmes et des hommes sur leur environnement »[28]. Ces deux phrases recommandent l’étude des interactions entre l’environnement et sa contrainte (qualifiée plus loin de réchauffement climatique) et les sociétés qui doivent s’y adapter. Comme le rappelle Philippe Valette, le débat est de savoir si cette adaptation marque ou non le début de l’Anthropocène (Philippe Valette, p.2). Le fil rouge de l’étude des sites préhistoriques est justement l’analyse des rapports entre l’Homme et son environnement[29].

 


Dans le chapitre « Le Croissant fertile, un foyer de domestication » (Philippe Valette, pp.26-27), des cartes à différentes échelles localisent la modification de l’environnement par les sociétés néolithiques grâce à la diffusion de la culture du blé du Croissant fertile à l’ensemble de l’Eufrasie.


                                                                                                                Source : Philippe Valette, p.27.














Ces liens entre environnement et sociétés est repris en cinquième dans le chapitre « L’ordre seigneurial : la formation et la domination des campagnes » (thème 2). « Dans une phase de radoucissement du climat, la surface agricole augmente “ la plus forte augmentation des superficies cultivées depuis les temps préhistoriques ” (selon la formule de Marc Bloch), ce dont témoigne encore aujourd’hui la toponymie (“ Villeneuve ”, “ Bourgneuf ”, “ Les essarts ” et leurs multiples déclinaisons locales) et la population ouest-européenne double entre le XIe et le XIIIe siècle. »[30]



    Au lycée, cette complémentarité entre géographie et histoire n’est pas à rechercher en seconde : on aura bien compris qu’en insistant sur l’étude des interactions par une approche systémique, la géographie cherche à s’affirmer, voire à se distinguer des autres disciplines. En revanche, il y a un autre domaine où a priori, le dialogue au sein du couple histoire-géographie pourrait s’épanouir : il s’agit de la nouvelle option histoire-géographie-géopolitique-sciences politiques (abrégée en HGGSP). Le préambule[31] de cette option parle ainsi « [d’adopter] de façon convergente des approches historiques et géographiques sur les situations, les événements et les contextes qu’il soumet à l’étude […] ». Cette spécialité qui se veut « pluridisciplinaire » doit (en principe) permettre « aux lycéens de mieux maîtriser les spécificités des approches disciplinaires et de mesurer, à l’occasion du traitement d’un thème, leur féconde complémentarité. » On retrouve ici le même mot de « complémentarité » évoqué dans l’introduction aux programmes du cycle 4 du collège. « L’approche thématique retenue permet d’approfondir des objets fondamentaux à la croisée des trois disciplines […] » (histoire, géographie, géopolitique). Tout cela serait bénéfique au développement d’une géohistoire scolaire si les quatre disciplines n’étaient pas ensuite « découpées en tranches » : l’histoire, la géographie, la science politique et la géopolitique sont ensuite définies de façon juxtaposée et non complémentaire. C’est au professeur de mettre en musique ces complémentarités, notamment en ce qui concerne une géohistoire des climats. « Chaque thème a un triple objectif comme en témoigne sa structure : […] [chacun des] deux axes font l’objet d’une problématisation au carrefour des champs disciplinaires ».


En Terminal, le thème 5 s’intitule « L’environnement, entre exploitation et protection : un enjeu planétaire ». « L’étude de ce thème a un double objectif : analyser l’évolution des rapports entre les sociétés et leurs milieux, et notamment les changements environnementaux non désirés qu’ils induisent »[32]. L’axe 2 « Le changement climatique : approches historique et géopolitique » étude ce thème à deux échelles temporelles : « Les fluctuations climatiques et leurs effets » sur le temps long de « l’évolution du climat en Europe du Moyen Âge au XIXe siècle » (premier jalon) ; sur le temps court contemporain des relations internationales et des accords internationaux portant sur les enjeux climatiques (second jalon). En l’absence de ressources d’accompagnement publiées au moment de l’écriture de cet article, il est difficile d’aller plus avant dans les recommandations attendues.

 

*   *    *

Bilan : Le climat, un acteur géohistorique au(x) programme(s).

Finalement, quelle définition Philippe Valette donne-t-il à sa géohistoire des climats ? Dans quelle mesure les programmes scolaires intègrent-ils cette géohistoire climatique ?

Le géographe définit la géohistoire du climat comme « [l’étude d]es effets des changements climatiques sur les sociétés dans une dimension spatio-temporelles.» (Philippe Valette, p.8). On pourrait rajouter « et réciproquement », à savoir l’effet des sociétés sur les climats. Cette géohistoire est un dialogue à deux niveaux : Tout d’abord au sein des sciences de la société, cette pratique vise à articuler entre elles l’histoire, la géographie, la sociologie, l’économie… Ensuite, dans une vision plus globale, la démarche géohistorique se situe aux interfaces entre les sciences sociales et les sciences du biologique d’une part, et avec les sciences de la matière d’autre part. La géohistoire climatique se définit donc comme une articulation entre la pluralité des regards désormais portés sur l’objet « climat ». Le principal intérêt de la publication du CNRS est de nous faire réfléchir à ces interfaces, à remettre en cause le découpage disciplinaire académique, à penser pluriel l’unicité d’un objet de recherche. Les programmes scolaires étant écrits pour être enseignés dans un contexte social particulier[33], le climat et changement climatique sont désormais plus que jamais au cœur de ceux-ci. A son niveau, le professeur d’histoire-géographie a la possibilité de lier l’espace et le temps pour faire une géohistoire du climat. Au niveau de son établissement, le travail dit en interdisciplinarité avec le professeur de SVT (notamment) permet d’élargir l’horizon de sa géohistoire scolaire. C’est ici que la Documentation Photographique proposée par Philippe Valette trouve ses limites car tous les documents proposés ne sont pas directement compréhensibles par les élèves, surtout ceux du collège. Un travail de didactisation est à entreprendre afin de les rendre plus aisément intelligibles par des adolescents.

Enfin, il faut relever que si le changement climatique est présent dans les programmes scolaires contemporains, il s’agit plutôt d’étudier son réchauffement que son refroidissement. Ce dernier n’est en effet pas intégré dans les textes officiels. Les concepteurs des programmes se sont focalisés sur le réchauffement climatique au détriment du refroidissement passé du climat (notamment le Petit Âge glaciaire de 1300 à 1860). Et pourtant, ce PAG par la baisse des récoltes qu’elle aurait entraînée semblerait être une cause (parmi d’autres) du déclenchement de la Révolution française[34]. En d’autres termes, le climat, qu’il se réchauffe ou se refroidisse, pourrait, dans une certaine mesure, être qualifié d’acteur géohistorique.

 


Bibliographie sélective :

VALETTE Philippe (2021), Les climats. Une géohistoire, CNRS éditions, Documentation photographique, 64 pages.

Circé, n°14, printemps 2021, transcription de l’interview de Christian Grataloup, p.1. http://www.revue-circe.uvsq.fr/portrait-de-christian-grataloup-geohistorien/

BARNIAUDY Clément, « Climat et sciences de l’éducation », in METZGER Alexis (coord.) (2021), Le climat au prisme des sciences humaines et sociales, Editions Quae, Versailles, 245 pages, pp.200-222.

Bulletin Officiel n°1 du 22 janvier 2019 : programmes pour le lycée.

Bulletin Officiel n°31 du 30 juillet 2020 : programmes pour le collège.



[3] BRAUDEL Fernand (1949), La Méditerranée et le monde méditerranéen à l’époque de Philippe II, Armand Colin.

[4] Voir notamment : 1996, Lieux d’histoire. Essai de géohistoire systématique, Montpellier, GIP Reclus, 200 pages ; 2007, Géohistoire de la mondialisation. Le temps long du monde, Armand Colin, 1ère édition.

[5] LE ROY LADURIE Emmanuel (1967), Histoire du climat depuis l’an mil, Flammarion, première édition.

[6] Circé, n°14, printemps 2021, transcription de l’interview de Christian Grataloup, p.1. http://www.revue-circe.uvsq.fr/portrait-de-christian-grataloup-geohistorien/

[8] Clément Barniaudy, « Climat et sciences de l’éducation », in METZGER Alexis (coord.) (2021), Le climat au prisme des sciences humaines et sociales, Editions Quae, Versailles, 245 pages, pp.200-222.

[9] BOEN du 24 septembre 1992, programme de géographie du lycée.

[10] Ressource Eduscol, histoire, sixième, thème 1, p.3.

[11] Ressource Eduscol, histoire, cinquième, thème 2, p.4.

[12] C’est nous qui mettons en gras.

[13] BOEN n°31 du 30 juillet 2020, page de garde.

[14]https://www.un.org/sustainabledevelopment/fr/objectifs-de-developpement-durable/.  La variété des situations climatiques est soulignée ici par le pluriel « les réchauffements climatiques ».

[15] C’est nous qui mettons en gras.

[16] Ressource Eduscol, géographie, cinquième, thème 3, p.2.

[17] Idem, p.5.

[18] Introduction au programme de géographie de seconde.

[19] Ressource Eduscol, géographie, seconde, thème 1, p.3.

[20] Idem, p.6.

[21] Idem, p.10.

[22] Ressource Eduscol, géographie, cinquième, thème 3, p.2.

[23] Idem, p.2 et p.3.

[24] Tout enseignant d’histoire-géographie ayant déjà entendu cette phrase au moins une fois dans sa carrière : « Madame / Monsieur, on est en histoire ou en géographie ? »…

[25]Programme, géographie, cinquième, thème 3, EPI en lien avec les sciences de la vie et de la Terre, la physique-chimie et la technologie.

[26] Introduction aux programmes du cycle 4.

[27] Même si certains professeurs se mettent à construire des séquences mêlant histoire et géographie : voir notre site : https://gaiaclioalecole.blogspot.com/p/geohistoire-enseignee.html

[28] Programme histoire, sixième, thème 1, chapitre 1 : la « Révolution néolithique ».

[29] Ressource Eduscol, histoire, sixième, thème 1, p.5.

[30] Ressource Eduscol, histoire, cinquième, thème 2, p.4.

[31] Programme de spécialité HGGSP, première, p.2.

[32] Programme de spécialité HGGSP, Terminal, thème 5.

[33] Ce qui explique leur fréquente réécriture.

[34] https://www.franceculture.fr/emissions/entendez-vous-l-eco/des-cheminees-aux-sports-d-hiver-la-maitrise-du-froid. Selon la géographie Sylvie Brunel, la Révolution française a été précédée par plusieurs étés sans récolte en raison du refroidissement climatique provoqué par l’éruption du volcan islandais Laki en 1783. Cet hiver conjoncturel d’origine volcanique a bloqué les différentes saisons végétatives et donc réduit les récoltes, entraînant une hausse du blé et par conséquent du prix du pain.